• LeTravail rend-il les hommes heureux ? [DISSERTATION]

     

                          Afin de subvenir à ses besoins, c’est-à-dire boire, manger, s’abriter ou encore se vêtir, l’homme a appris à transformer la nature. Le travail, s’est ainsi distinguée comme l’activité par laquelle les hommes ont pu satisfaire leur besoin grâce, notamment, à la technique qui en ressortait au fil du temps toujours plus évoluée.
    En effet, le travail a permis à l’homme de développer ses facultés (de conscience, de volonté, d’imagination) et de différer la satisfaction de ses désirs. En outre, l’homme a réussi à s’humaniser par le travail, à lui faire dépasser le stade primitif par le progrès technique qui s’en dégageait.
    Cependant, le travail qui s’est avéré devenir plus qu’une nécessité est souvent sujet à débat : il n’a plus, avec le temps, répondu aux besoins vitaux de l’homme mais s’est convertit en un outil de richesse et de pouvoir qui a amené l’homme à une décadence morale qui s’est traduite particulièrement par le désir de domination et d’exploitation des autres individus. 
    Hegel pense et valorise le travail comme étant ce qui a permis l’humanité de l’homme. Le travail a considérablement transformé l’homme pour qu’il devienne ce que nous connaissons aujourd’hui comme étant l’homme moderne, mais cette transformation n’a-t-elle pas été abusée au point de laisser paraître une déshumanisation ? Nous chercherons donc à comprendre si le travail a pu rendre les hommes solidaires ou rivaux.

     

     

                                   Tout d’abord, il nous serait très facile de penser que le travail a rendu les hommes adversaires des uns et des autres et les a amenés à rivaliser de talents et de ressources.
    Il suffirait en premier lieu de se référer à l’étymologie latine du travail : « tripalium » qui comprend faire souffrir, tourmenter. Cependant la concurrence (créée par le labeur) existant entre les hommes ne se réduit pas à une idée de supplice ou de peine, car ce que l’homme a fait du travail est beaucoup plus complexe.
    Nous verrons que la rivalité entre les hommes rendue possible par le travail s’est traduit par une domination de certaines classes de la société et par l’exploitation déshumanisante.
                D’une part, on pourra constater que le travail a amené et a servi à la domination d’une certaine classe par l’exploitation d’une autre.
    Rousseau fera par exemple remarquer que le progrès technique dans le travail a apporté une décadence morale car l’homme a étendu sa supériorité sur l’espèce humaine même et est ainsi devenue « le maître des uns et le fléau des autres ».
    En effet, la société ayant toujours illustré dans son évolution temporelle l’existence de plusieurs classes plus ou moins privilégiées a fait naître la notion de rivalité dans le travail.
    Au moyen-âge, les seigneurs profitaient du travail de leurs serfs : les paysans travaillaient et croulaient sous les taxes et impôts tandis que la noblesse récoltait la plus grande partie du fruit du travail des autres et n’avait de compte à rendre à personne.
    Au XIXème siècle, les classes les moins aisées étaient obligées d’offrir leur talent et leur technique aux classes aisées qui, elles, dominaient la société en s’enrichissant sur le travail des classes inférieures.
    Ainsi, l’existence la rivalité entre les classes a toujours été une rivalité du travail.
    De plus, nous pourrons remarquer qu’à partir de la fin du XIXème, lorsque les sociétés occidentales ont connu la première grande industrialisation et que de nouvelles techniques de production sont venus au jour, le travail à la chaine et la subdivision de celui-ci a parfois causer la rivalité entre individus d’une même classe : dans certains cas, ils étaient payés en fonction de qui produirait le plus : il y avait rivalité due au salaire. Durkheim dira d’ailleurs : « Ce qui fait la valeur morale de la division du travail […] c’est que, par elle, l’individu reprend conscience de son état de dépendance vis- à – vis de la société » ce qui montre bien à quel point les hommes souffrent d’une aliénation du travail. Pour Engels, « la subdivision du travail est l’assassinat du peuple ».
     
    L’homme perd sa liberté, son humanité, sa solidarité.
                D’autre part, on remarquera que l’homme a valorisé pendant longtemps le travail à moindre coût, ce qui a accentué l’effet de rupture entre les hommes et l’aspect déplaisant de devoir travailler.
    La division du travail en est un exemple au XIXème et début du XXème siècle (avec des ouvriers à moindre coût), l’esclavage et la traite négrière une autre plus ancienne qui elle avait la particularité d’être une main d’œuvre quasiment gratuite pour les hommes exploitant (ce qui a participer à créer une rivalité traduite par le racisme), ou encore l’exemple plus récent de la robotisation qui a pu créer des conflits entre patrons et employés(: les caisses automatiques remplaçants les emplois dans les supermarchés).
    Cette rivalité produite par l’aspect de rentabilité du travail à amener à la déshumanisation de tous les hommes que ce soit ceux qui dirigent et organise le travail qui utilise l’exploitation comme principal outil que ceux qui appliquent le travail et qui sont dépossédés d’eux-mêmes, de leurs capacités spécifiques qui ne peuvent plus s’exprimer et du travail qu’il produise qui finit par devenir celui d’un autre.
    Ainsi, comme le fit remarquer Marx « Le travail ne produit pas seulement des marchandises, il se produit lui-même et produit l’ouvrier comme une marchandise ».
    Le travail a donc cet effet déshumanisant et crée cet effet concurrentiel entre tous les individus quels qu’ils soient qui fait que le travail rend les hommes rivaux.
     

                                        Par la suite, il est facile (malgré tout l’aspect négatif du travail) de se rendre compte que le travail est ce qui a permis à l’homme de se développer, à s’établir dans le monde en si différenciant des autres animaux.
    Charles Jean Baptiste Bonnin écrivit d’ailleurs que « Le travail est le contrepoison du vice, la cause du bien-être et l’instrument du bonheur ».
    Nous verrons que le travail est à l’origine de l’interaction entre les membres de l’espèce humaine, et amène bien souvent à l’homme à se créer une identité à travers les luttes collectives pour parvenir à une amélioration de sa condition.
                D’une part, on remarquera que le travail permet à l’homme de se développer car il est à l’origine de la communication que ce soit pour raison de nécessité ou de plaisir.
    En effet, par nécessité l’homme par le travail arrivera à devoir interagir avec d’autres individus de son espèce : c’est ce qui a donné lieu au troc qui est aussi à l’origine de l’économie, ou ce qui a donné lieu à l’idée d’entreprise. Pour avoir des exemples concrets un fermier ira échanger ses fruits et légumes contre du pain à un boulanger, ou alors un paysan cherchera à embaucher quelqu’un pour améliorer sa production. Le travail crée l’entraide, et l’entraide le travail.
    D’ailleurs, l’homme ne peut obtenir un savoir-faire seulement par expérience car la technique a besoin de se transmettre au fil des générations et entre les individus pour permettre à tous de s’élever.
    De plus, l’homme a un désir d’appartenance et si au travail il n’a pas la satisfaction de ce besoin il se rendra exclu et deviendra isolé.
    Dans une entreprise, un salarié cherchera quasiment toujours à faire partie d’un groupe ou d’une équipe afin de pouvoir s’épanouir et se dépasser au travail.
    Le travail amène à la communication qui amène au travail.
    Le sentiment d’appartenance à un groupe au travail suffit-il cependant à seulement satisfaire un plaisir ?
                D’autre part, le sentiment d’appartenance à groupe au travail a pu permettre à l’homme de se développer non seulement pour répondre à ses besoins (se nourrir, se vêtir…) mais aussi pour lutter pour ses droits et contre les injustices qui lui faisaient face.
    En effet, au XIXème siècle par exemple émerge une identité ouvrière, portée par Engels ou encore Marx, qui a su faire valoir ses droits et qui s’est battue contre la domination d’une classe aisée qui participait au fait que le travail rendait les hommes rivaux.
    Depuis, l’invention des salariats dans la majorité des métiers existants a su rendre les hommes solidaires.

                             Enfin, on pourrait se demander que si ce qui nous rendait rivaux au travail ne serait pas simplement notre vision de la notion de travail, notre mauvaise organisation économique du travail.
    En effet, on pourra remarquer que dès l’école l’approche du travail se fait par la compétition. Par exemple, on aura tendance à valoriser les plus compétents et à dénigrer les autres ; on remarque également que le système de notation vient souvent à mettre en compétition les élèves (qu’ils soient en bas-âge ou au niveau des études supérieures). Notre vision du travail amène bien trop facilement à une rivalité et nous fait oublier une valeur fondamentale : le respect de la personne.
    Parce que la « vie fleurit par le travail » selon Rimbaud, ne nous serait-il pas possible de trouver une nouvelle harmonie entre l’homme et la nature ?
    Ainsi, notre vision du travail changerait et la majorité des travailleurs ne seraient plus solidaires par besoin mais aussi par simple plaisir, par simple normalité. Comme Louis Scutenaire le faisait remarquer « La vie sera bonne quand le travail sera pour tout le monde un luxe », ainsi nous travaillerions pour le plaisir de travailler et donc de s’humaniser. L’homme pourrait enfin s’épanouir complètement et gagner en liberté selon Marx « Le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité ».

    Ainsi, on pourra dire que le travail a cette complexité de rendre les hommes à la fois rivaux et solidaires, mais cela ne vient pas directement de cette notion de travail mais de notre manière de le percevoir et de l’approprier.
    L’homme ayant obtenu une forme de pouvoir dans le travail a longtemps cherché à dominer et exploiter les autres individus ce qui a produit une rivalité entre travailleurs, entre classes… En outre, l’homme a par le travail atteint, à beaucoup de moments, une forme de décadence morale.
    Cependant, nous avons vu qu’il ne fallait pas oublier que c’est par le travail que l’homme a su évoluer, se développer, s’humaniser. En effet, le travail est à l’origine de la communication et de l’interaction entre individus, et c’est cette communication qui a poussé beaucoup d’hommes à devenir solidaires (par nécessité ou par plaisir).
    Il apparait aujourd’hui nécessaire de changer notre organisation du travail pour la rendre plus juste et plus humaine, amener à la solidarité sans que les individus en ait personnellement besoin, pour trouver une nouvelle harmonie car sans le travail, l’homme continuera-t-il d’évoluer ?
    L’homme est-il condamné à se déshumaniser s’il fait abstraction du travail?


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