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    ♣ Fiction en cours ♣
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            Comme tous les matins, Lucie faillit faire une crise cardiaque en découvrant avec horreur l’état post-sommeil de sa chevelure : sa crinière blonde platine mi longue et bouclée étant complètement en pagaille comme si une bombe nucléaire avait implosée à l’intérieur.
    Après avoir baillé une bonne trentaine de fois tout en cherchant dans son dressing une tenue appropriée pour la journée, elle opta pour un jean noir moulant accompagné d’un pull vert canard qui descendait jusqu’au-dessus des genoux.
    Cela lui prenait peu de temps pour prendre une douche et s’habiller, environ moins de dix minutes, mais elle avait cours à huit heures et ne s’était sans doute pas levée deux heures en avance pour rien.
    Il fallait maintenant essayer de dompter l’effroyable bête sauvage qui avait poussée sur sa tête et elle prenait minimum quarante-cinq minutes pour pouvoir enlever tous les nœuds et quinze minutes de plus pour les rendre plus ou moins présentables.
    Arrivée à un état moins catastrophique, elle put enfin descendre vers la cuisine pour reprendre les forces matinales d’une nécessitées cruciales, majoritairement doublées par le combat rituel du réveil (surtout lorsque l’on se retrouvait trois heures sur une chaise dans la même salle à ne pas bouger d’un cil), et pointa le bout de son nez à l’extérieur.
    Il faisait froid.
    Extrêmement froid même. Lucie soupira et passa sa main dans sa crinière, elle l’avait malheureusement coiffée pour rien. Elle remonta dans sa chambre et rentra dans son dressing, prit un bonnet, son sac et son inséparable appareil photo.
               Parmi les cinq bus scolaires venant à son lycée, elle prenait un de ceux les plus remplis le matin. Elle réussit tout de même à trouver une place non prise au début des rangs de dernières rangées.
    Elle fit la grimace.
    Amélie, la fille la plus populaire du lycée était plantée là, en plein milieu du dernier rang, entourée de ses trois acolytes et d’une bonne dizaine des joueurs de l’équipe de rugby.
    Emplacement stratégique qui lui permettait de voir tous les nouveaux arrivants et d’être au courant de tous les derniers ragots.
    - Eh ! Lucie, t’as pas trop honte de faire peur aux enfants avec tes cheveux de sorcière ? Qu’est-ce qu’ils doivent flipper lorsqu’il se retrouve nez à nez avec le yeti le matin ! dit-elle en ricanant.
    Lucie leva les yeux au ciel. Elle avait appris avec le temps que mieux valait ne pas paraître toucher par ce genre de remarque, d’ailleurs cela lui ferait trop plaisir.
    Elle s’assit, tournant ainsi le dos à une Amélie ricanant comme un animal de basse-cour. Elle sortit son IPod et mit ses écouteurs, le son à fond empêchant d’entendre les autres remarques acerbes de son interlocutrice : du Our Last Night, rien de mieux pour ne plus rien entendre du monde extérieur.
    En sortant du bus, Amélie la bouscula en sortant un : « oh, je suis vraiment désolée » suivit d’un large sourire sadique sur son visage. De la sincérité à l’état pur.
    Elle la regarda s’éloigner avec sa marche de dindon, balançant son derrière de droite à gauche que l’on pouvait regarder sans difficulté vu la taille de son short d’un blanc pailleté qui ressemblait plus à une culotte.
               Lucie était devant son casier lorsque quelqu’un lui bondit dessus. Par réflexe, elle se retourna et brandit la main en point bien fermé, l’inconnu l’évita de justesse et s’esclaffa.
    C’était Denis, son meilleur ami (seul ami d’ailleurs), qui l’avait attrapé et lui tenait maintenant la main, la balançant de droite à gauche. Il était extrêmement efféminé ce qui le différenciait de son physique plutôt banal à la base : des cheveux bruns et des yeux marron, et si on devait lui approprié une caractéristique bien à lui ce serait son énergie inépuisable à tous temps.
    - Tu vas finir par tuer quelqu’un avec toutes tes bagues plus dangereuses que les autres, la prévint-il en souriant.
    - C’est mon système d’auto-défense, blagua-t-elle, mais il ne marche pas sur toi c’est assez décevant.
    - Méchante ! Je te connais depuis trop longtemps c’est pour ça. D’ailleurs je paris, vu le volume de tes écouteurs, que tu as eu affaire à Amélie ce matin encore n’est-ce- pas ?
    La jeune fille lui tira la langue et baissa largement l’intensité du volume de son IPod.
    Effectivement il la connaissait depuis longtemps mais Amélie aussi. Si elle n’avait pas été son « ennemie », elle aurait pu dire qu’elles avaient grandies ensembles.
    - Ne l’écoute pas, dit Denis, tu sais tout comme moi pourquoi elle ne t’aime pas et c’est à cause…
    - De ce stupide site internet, coupa Lucie qui connaissait par cœur ce qu’il allait lui répéter, qui fait que les élèves votent tous les jours pour l’élève qu’ils trouvent le plus beau et la plus belle…
    - Et que, coupa à son tour Denis, du côté des filles tu es en tête de liste ce qui fait rager notre chère peste.
    C’était une raison parmi tant d’autres raisons qui faisait qu’Amélie, jeune brunette aux yeux verts avec la taille d’un mannequin et un énorme derrière, la détestait.
    Lorsqu’elles s’étaient rencontrées, la brunette avait bien essayé de lier un lien avec la blondinette, entres personnes riches et avec un plutôt jolie minois, mais cela n’avait pas marché.
    En effet, Lucie était une fille qui n’aimait pas être mise en avant et qui malgré tous ses moyens financiers préférait être modeste, ne pas se montrer et ne pas être invitée à dix soirées toutes les semaines.
    Les autres filles « riches & belles » ne la comprenaient pas, et le fait que malgré cela elle soit plus populaire qu’elles les agaçaient, particulièrement Amélie qui ne supportait pas être seconde au classement.

               Passèrent les interminables heures de français avec le professeur Crouflard, connu pour ses envies de suicide répétitives et qui passait la majorité de son temps en dépression devant les élèves. Il parlait d’une voix grave et molle qui n’atteignait sans doute jamais le fond de la salle où une bonne partie des élèves somnolaient. Vers la fin de ses longues heures de cours, environs vingt minutes avant la sonnerie, les élèves avaient rangés leurs affaires et tous étaient déjà prêts à bondir hors de la salle.
    Le professeur imperturbable continuait à faire la lecture d’une voix lasse, ne levant jamais les yeux de ses feuilles de cours.
    Soudain, une dizaines de boulettes de papier rebondirent sur la tête de Lucie.
    Celle-ci se retourna, sans réelle surprise, et regarda la joyeuse lanceuse de boulettes gesticulée dans tous les sens. Amélie, le sourire aux lèvres, lui fit un signe de la main.
    Lucie compris le message, elle allait devoir faire face une nouvelle fois à l’animal de basse-cour en sortant de la salle ce qui n’était pas forcément bon signe.
    La sonnerie retentit et un tintamarre de crissements de chaises résonna dans tout l’établissement, si bien qu’on avait l’impression qu’il s’agissait d’un tremblement de terre.
    Lucie commença à sortir le plus discrètement possible, en essayant de se faufiler entre une vingtaine d’élèves courant dans tous les sens. Elle avait réussi l’exploit et était maintenant devant son casier.
    - J’ai bien réfléchi Lucie, et j’ai trouvé la solution ! apostropha une voix qu’elle ne connaissait que trop bien.
    La jeune fille regarda autour d’elle, les seules armes possibles qu’elles avaient sous les mains étaient un parapluie et une poubelle à moitié pleine. Il fallait absolument qu’elle trouve l’idée la plus ingénieuse pour lui échapper.
    Amélie se tenait maintenant devant elle, une main derrière son dos (tenant sans doute l’objet qui allait atterrir inévitablement dans la tête de Lucie), et les yeux pétillants d’excitation. Elle était accompagnée de ses trois acolytes: des triplettes asiatiques.
    - Quelle solution ? soupira la possible prochaine victime.
    Tout en débitant les pires arguments d’une fille voulant « faire preuve de compassion devant ses enfants apeurés par un monstre poilu du matin », Amélie se rapprochait dangereusement, ses ricanements en écho grâce aux trois poules qui restaient en arrière.
    Lucie, elle se rapprochait de la poubelle, et avait empoigné le parapluie par le bas, le plus discrètement possible.
    - Tu comprends, continua Amélie, je fais cela pour ton bien mais aussi pour ses pauvres enfants !
    Et avant qu’elle n’ait pu répondre quoi que ce soit, une briquette de lait sorti du dos de son assaillante, et le lait gicla partout.
    Heureusement Lucie avait prévu que quelque chose –non identifiée jusqu’à lors- allait lui tombée dessus et elle réussit à esquiver de justesse la totalité du lait. Seule une petite partie de ses cheveux se retrouvant touchées par le liquide blanc.
    Elle avait également réagit au quart de tour, attrapant la poubelle avec le parapluie et le faisant tournoyer au-dessus de la tête de son assaillante.
    Ce qui devait arriver arriva : la poubelle atterrit sur la tête d’Amélie
    - Mesdemoiselles Parks Amélie et Peters Lucie ! cria une voix grinçante.
    Les deux jeunes filles se retournèrent avec une synchronisation parfaite, et se retrouvèrent nez à nez avec Miss Markson, la vieille CPE du lycée au nez crochu.
    - Dans mon bureau, ordonna-t-elle.


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